Le Même Bateau

19 Oct

Nous sommes individualistes. Oh quelle grande nouvelle, dit-elle juchée derrière son écran d’ordinateur bien loin de quelconque contact humain. Nous n’avons plus besoin des autres pour survivre et au fur et à mesure qu’une société se développe économiquement, elle s’enveloppe socialement, d’une bulle d’acier inoxydable, inébranlable. L’individu devient l’inconnu, l’inconnu devient la peur, la peur devient la menace. L’individu n’est plus l’un des nôtres, il n’est plus là pour nous rendre plus forts, parce que non, j’ai tout ce dont j’ai besoin, et même tellement plus. J’avais discouru sur le sujet lorsque je relatais mes voyages en sol colombien, oui, là-bas, il y a une onde d’ouverture sur les autres et une chaleur humaine qui se fond avec le soleil. Je ne crois pas qu’on puisse blâmer le climat nordique pour expliquer notre cas, malheureusement… Le développement économique est certainement l’un des facteurs. Qu’en est-il du reste?

Il faut comprendre la problématique car je crois qu’un stress immense tombe lorsque l’on s’ouvre aux autres. Cela implique (opinion personnelle): Ne pas se rendre malade et paranoïaque sur les trucs de confidentialité, parler aux inconnus, partager nos idées, discuter, toucher, rire, regarder les autres… Vous aurez deviné que je suis du type « expressive »  et oh combien non pudique de ma personne, je ne crois pas tout de même que ce soit toujours bénéfique et je ne dis pas non plus que tous devraient être aussi expressifs, la chose étant impossible de toute manière. Ma porte de chambre est toujours ouverte, mon sac fourre-tout l’est, mon Facebook  est assez stalker-friendly et je m’engage plusieurs fois par jour dans une mini discussion avec des inconnus. Pourquoi? Parce que chaque inconnu a une vie intéressante, des rêves, des expériences à partager. Mais, à premiers abords, ce sera par exemple, de féliciter un commis de son bon service à la clientèle, de parler religion avec le chauffeur de taxi, ce sera de rire d’une anecdote avec une vendeuse ou bien de souhaiter « bonne journée » aux gens qui quittent l’ascenseur après un silence assez torturant merci. (Il y a un malaise parce que tout le monde veut se parler mais se dit « oh non on ne se connaît pas, il ne faudrait pas… »). C’est certainement un point qu’il faut assimiler de nos voisins américains, le joyeux « Good Morning » partagé avec tous ceux que l’on croise, il me semble que ce seul petit geste change beaucoup de choses. Ça brise pleins de petites surfaces de glace sur nos cœurs.

Tous ces contacts avec ces inconnus sont une chance de toucher les gens, d’être touchés, d’améliorer substantiellement leur journée (dire « merci pour le bon service », ça coûte .05 ml de salive) et qui sait… de rencontrer la prochaine personne qui marquera votre vie. TOUS ceux que vous aimez et connaissez aujourd’hui furent des inconnus un jour ou l’autre, même votre copain, votre meilleur ami, vos parents. Alors tous les inconnus peuvent devenir partie intégrante de votre cœur et changer votre vie pour le mieux et vous pouvez devenez le facteur de changement positif dans leur vie.

Est-ce je dis qu’il faut parler à tout le monde? Non, on est plus de 6 milliards d’humains, je ne dis pas être aucunement sélective dans mes engagements émotifs. Est-ce que tout le monde devrait être super sociable? J’imagine que non mais je me demande réellement si quelqu’un de solitaire l’est pleinement par choix ou ne l’est-il pas à la suite de traumatismes et/ou de dysfonctions sociales qu’il veut éviter d’aviver dans le futur. Nous sommes essentiellement des être sociaux, oui, parce qu’il fut un jour, dans ces 10 000 d’évolution humaine, lorsque l’on avait besoin des uns des autres pour survivre. Je crois donc que les « solitaires » le sont par évitement et par cicatrisation mentale plutôt que par choix.

Lorsque j’entends des gens dire, avant de sortir en boîte que… »Ah moi je ne vais jamais rencontrer personne dans un club, c’est ben trop superficiel! »  Euh… Ok, mais si toi tu vas dans le club et que tu n’es pas con(ne) superficiel(le), ça se peut qu’il y aie d’autres gens possiblement intéressant comme toi, non?  C’est pas des martiens et/ou tous  des fans de Ed Hardy en Neon 95 montée qui s’emparent du nightlife montréalais tout de même. J’ai d’ailleurs rencontré quelqu’un cet été dans un lounge et bref, je suis très heureuse de cette rencontre et du fait que j’aie été ouverte à cette possibilité en ne m’aliénant pas du fait que l’évènement original s’était déroulé dans « un club tellement superficiel »!

On peut également juger  les inconnus, c’est vrai. Oui, ce n’est pas mal de juger puisque c’est inné, c’est une réponse automatique de notre cerveau, un réflexe essentiel à notre survie et qui survient sans même le commander (voir mon billet  Conjuger le verbe « juger »).  Mais malgré notre jugement et notre instinct, il faut prendre ces sens et son subconscient et leurs dire tout doucement: « Si j’avais eu la même enfance, la même éducation, les mêmes fréquentations, la même physionomie, le même cerveau, je serais au même point que cette personne. » Oui, tout est relatif, et ça c’est la vérité qui surpasse le traitement de nos sens. Si j’étais née à Ville X avec des parents absents, différents, avec des amis douteux, avec des histoires de cœur tranchantes, je serais peut être toxicomane, je serais peut être Ministre des Transports, je serais peut être en Inde pour étudier le cinéma Bollywoodien avec 12 enfants et une passion folle pour Nascar. Je suis un résultat de milliers de facteurs de changements et de rencontres, tout comme vous, tout comme eux, nous sommes Nous relativement à X à l’infini.

En fait, dans les derniers mois, mes « premières impressions » furent vraiment mises au défi. Exemple: Je rencontre une fille blonde sortant tout droit d’Alerte à Malibu, bikini Ed Hardy, semelles compensées blanches, bref, à prime à bords, ce n’est pas le profil qui sonnent les cloches de intellectualisme en mon esprit. Et pourtant, durant cette même soirée, j’ai eu la chance d’être confrontée à mon erreur de jugement. Cette fille m’a décidément impressionnée de par son expérience, sa détermination et par sa force de caractère. J’étais bien heureuse de voir que certains clichés ne déterminent en rien ce qu’est une personne à l’intérieure, c’est quétaine, mais c’est vrai et il faut se le rappeler.

Et donc, nous rencontrons des gens, serrons leurs mains de façon à ce qu’ils soient impressionnés de notre prestance, notre assurance, nous nous couvrons de formalités et de standards pour se fondre dans le moule du nord-américain qui réussit bien (et pourtant on veut tous être unique, comme c’est ironique). Vous savez quoi, je ne trip pas formalités et conventions irréfléchies et je crois que dans notre fort intérieur, personne n’aime agir comme un robot mais la peur du jugement nous pousse à agir ainsi. Exemple: En ce moment, je contacte des bureaux de comptables au travail. L’autre jour,  je me mets à faire des blagues et à rire avec le comptable, mais vraiment ce n’était pas le genre de contact « normal » ou prévisible dans ce genre de contexte. Enfin, histoire courte, l’appel se déroule super bien, il m’écrit un courriel super enthousiaste pour me dire à quel point il a apprécier me parler et rire le temps de notre conversation. Le stress de sonner comme quelqu’un d’autre avait tombé.

Vous savez, lorsqu’on arrive enfin à parler à quelqu’un au service à la clientèle d’une autre compagnie de *****, cette personne au bout du fil est peut être vraiment cool, fatiguée de sa journée, a peut être des opinions super intéressantes sur X… Bref, le ton formel, des fois devrait être mis à la poubelle et laisser place à conversations vraiment trépidantes. Quand je travaillais chez Chrysler les appels de 4 minutes s’allongeaient très souvent en réflexion sur l’économie, la philosophie, l’environnement… Je me suis tellement amusée à « humaniser » ces conversations et à établir une réelle connexion avec ces centaines d’inconnus qui croisent ma ligne de vie.

Être humain et être vrai ne peut jamais être mal, ça peut juste montrer que vous êtes bien avec vous-mêmes et donc avec les autres. J’aimerais tellement que demain, dans les tours à bureaux, tout le monde arrive en jogging pants et en t-shirt, en se parlant de notre enfance lorsqu’on se faisait des cabanes dans le salon, en se parlant de nos peurs et en s’humanisant les uns envers les autres d’une étreinte libératrice.

Nous sommes donc tous dans le même bateau et tout ce que l’on veut c’est d’être heureux. Et, avec nos parcours différents, nos perspectives sur le chemin à prendre étant tout aussi différentes, on essaie de s’apprivoiser ou on s’ignore lorsque nos regards viennent à se croiser. Et ce que font certains qui nous apparaissent comme des erreurs sont la résultante de cette perspective propre à eux, donc dans leur contexte pas vraiment une erreur mais un résultat de différents facteurs. Dans la réalité de certains, vendre de la drogue ou lâcher l’école est le chemin qui leurs semble sensé pour être mieux. Oui, nous sommes dans le même bateau, on veut tous de l’amour, de l’amitié, de la considération, un peu de reconnaissance, un sentiment d’appartenance, il n’y a pas personne au dessus de ça. Et les seuls moments où quelqu’un ne nous aime pas ou bien est bête avec nous, c’est bel et bien à cause de la peur, la peur de ne pas comprendre l’autre, la peur d’être poussé devant quelque chose qui nous dérange en nous, la peur d’être déstabilisé et de réaliser des choses que l’on veut éviter (réfléchir, aimer et donc peut être souffrir, changer, découvrir).

Ce que j’aimerais vraiment après la lecture de ce billet est que collectivement on puisse sourire aux inconnus et répondre aux clochards qui nous souhaitent bonne journée, que nous soyons ouverts à se faire surprendre dans nos conclusions et dans nos jugements hâtifs, que notre énergie d’ouverture et de compassion attirent vers nous les rencontres les plus transformatrices et enrichissantes et que nous soyons mieux, plus heureux ensemble. La solitude n’a pas lieu d’être quand nous sommes des milliards d’humains. Surtout en sachant qu’on se rejoint sur des milliers de points. Rappelez-vous bien : Tous les inconnus peuvent devenir partie intégrante de votre cœur et changer votre vie pour le mieux et vous pouvez devenez le facteur de changement positif dans leur vie.

En terminant, je voulais souligner  mon appréciation de votre temps passer à me lire et de laisser ces mots flotter en votre esprit quelques minutes. Ça me touche beaucoup et, malgré les examens qui m’arrachent tout mon temps, je ne peux m’empêcher d’écrire et de partager avec vous les choses qui, je crois bien, valent la peine de partager et qui j’espère arrivent à vous toucher vous aussi, à travers le magma informatique qui nous sépare.

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Voici, en guise de cerise, l’un de mes poèmes sur le déchirement et le poison que peut être la solitude, parfois.  (Ce poème pour moi est une histoire et à vous d’en faire votre propre interprétation). :

Et si l’on était
Dans des cubes de verre très épais
Là, à se fixer la peur
Voudrais-tu me regarder?
Attiser la douleur
De ne jamais se toucher
Ou plongerais-tu tes yeux
Dans la nuit de ton corps
Recroquevillé sur les torts
Qui ont fait du « nous » deux
Deux êtres pourtant forts
Mais qui, sans ce feu
Êtres faibles, pleurant la mort
De jours amoureux
Où la fusion de leurs corps
Chassait tous les bleus
Où la fusion de nos corps
Unifiait le deux

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