Mon Portier

12 Juin

Je vous présente mon portier. Je ne sais même pas son nom en fait, je n’oserais pas lui demander. Quand je débarque à la Station Square-Victoria, le pas pressé, parce que je suis en retard ( j’aime me faire désirer, même au travail ) , je traverse les tunnels et il est là, au rendez-vous, pour me saluer et m’ouvrir la porte.

Vous penserez qu’il ouvre la porte à environ 5278 personnes par jour, c’est vrai. Mais j’espère qu’il voit dans mon regard de la compassion et de l’humanisme à son égard d’une façon qu’il ne le voit pas dans les yeux des autres. C’est fou en fait ce que l’on peut dire avec les yeux, qu’ils parlent bleu ou qu’ils parlent vert, ils nous mettent toujours un peu à l’envers lorsque l’on entre dans ce lieu sacré de l’âme. Enfin, je m’amuse à croire qu’il me reconnait à travers les 5278 personnes.

Il me tend toujours ce verre Tim Hortons, trop léger encore pour qu’il puisse partir. Mais je ne lui aie jamais rien donné. La culpabilité s’amoncèle progressivement en moi avec le temps. Un jour je vais bien craquer. Un jour je vais lui donner un sale montant, un gros 10.00$ rond, pas de change (j’en aie jamais, c’est vrai pour moi), du papier, du vrai. Ses yeux vont briller et, toujours sans lui dire un mot, il comprendra que je suis reconnaissante de son bon service. Les bras chargés de sacs lourds (oui je suis toujours en simili-déménagement), ces grosses portes blindées qui s’ouvrent magiquement, c’est apprécié, évidemment.

Peut être à ce point-ci j’en saurai un peu plus sur lui. Il a l’air d’un bon monsieur, d’un père d’au moins 2 enfants, avec son t-shirt Super-Man et sa moustache touffue qui lui confère le style « bon jack ». Comment commence-t-on à quêter, comment pile-t-on sur son orgueil à ce point, comment se sent-on lorsqu’on tend le verre pour la première fois?  Le verre est vide parce qu’il a trop souvent été plein peut être? Je ne sais pas.

Mon portier sait. Il sait beaucoup de choses que je ne saurai jamais. C’est comme ça, on ne demande pas ces questions au clochards dans la ville.

On parle avec les yeux.

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Un poème de mon cru, sur le regard, justement. J’ai écrit plusieurs poèmes, je les ajouterai graduellement. Le titre « In Your Eyes » est en référence à la chanson culte de Peter Gabriel, mon premier « crush » de jeune fille.

In your eyes

 

C’est dans vos yeux que l’on voit tout

Les bleus les verts les plus fous

C’est dans vos yeux que l’on y plonge

Votre âme vos peurs et tous vos songes

Vos larmes et éclats de rire ont su creuser

Pour témoigner de votre passé

Des douleurs que l’on veut tant chasser

D’une crème, d’un verre, illusionnée

C’est dans vos yeux que vous êtes nue

Oui vêtue de veines et de paupières

C’est dans les yeux que l’on se tue

C’est le regard l’arme meurtrière

31/03/07

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